Emy David
Latrecey

artiste

Emy David, artiste et compagne d’un agriculteur

 

Emy (29 ans) est une  artiste plasticienne sortie de l’Ecole Nationale supérieure d‘Art (ENSAA) d’Annecy. Son chemin a croisé celui de Floriane Funcken, sœur de Yohann, qui elle aussi a fait des études artistiques ( Haute Ecole d’art et de design de Genève). Une solide amitié se noue, consolidée lors de fréquentes vacances à la ferme des Funcken à Latrecey. Et puis un jour …comme un souffle, une relation amoureuse entre Yohann et Emy s’instaure. « Ce fut comme une évidence, je me suis installée dans la maison de Yohann, qui m’a laissé de suite un espace atelier pour mes activités de création. J’ai créé une micro entreprise pour pouvoir vendre mes œuvres et assurer  des prestations d’animation et de soutien scolaire ». Depuis ils vivent chacun leur passion dans les pas l’un de l’autre, libres et solidaires.

Dedans/dehors

Tenter de mieux connaître Emy n’est pas chose facile. Tout entière avec l’autre, elle ne se livre que difficilement et maîtrise une extrême sensibilité, à fleur de peau. Pour aller droit au but, vers ce qui fait sens pour elle - créer - elle fait détours et des pas de côté. A l’ENSAA , elle suit les cours académiques et peint sans jamais montrer ce qu’elle fait. Comme si elle se « dédoublait », dit- elle.  A la ferme, elle s’immerge dans la vie de l’étable, « adore accompagner Yohann dans ses travaux d’éleveur car vivre avec quelqu’un d’investi, c’est s’investir en lui et avec lui ». Mais la vie de cet élevage  alimente aussi sa création. « J’ai d’abord pris de milliers de photos de vaches, ensuite j’ai fait des croquis puis des peintures » ou plutôt  de portraits de vaches dirais- je pour ma par , des portraits étonnants et décalés , dans une forme d’abstraction rendant ces brunes monstrueusement vraies. Mais poursuivons avec Emy  «  Ensuite je suis passée à un travail plastique en testant divers matériaux, il en est  résulté des vaches de toutes formes, de toutes morphologies aussi différentes que peuvent l’être mes modèles !! Et puis plus récemment mon travail, sous l’effet de la crise du lait, a pris une toute autre tournure. Lors de réunions où j’accompagnais Yohann, j’ai pris des notes, je me suis immergée dans ces réalités , fait des croquis et me suis mise à penser des vaches pendues , en grandeur réelle. Une façon de traduire l’insoutenabilité de la situation économique en donnant à voir la tragédie par la pendaison animale. C’est ma forme de compréhension, d’appropriation, de traduction et de partage de notre quotidien ».

Libres et solidaires

« Vivre avec « mon » éleveur, c’est  être à l'écoute,  le soutenir totalement  dans ses projets professionnels, et apprendre la patience. C'est aussi faire preuve d'ouverture d'esprit,   et lui offrir un regard extérieur sur ce dont il me parle : ses réflexions, ses craintes, ses questionnements, ses avancées. Son travail , sa passion prennent une grande place dans notre vie . Parfois toute la place. Je vis souvent à son rythme  et comme beaucoup de femmes d’agriculteurs passe mon temps à l’attendre et à l’accompagner. Je vis pour lui et avec lui. C’est tout aussi passionnant que rageant. En retour, il m’offre une forme d’équilibre et de force face aux doutes et aux révoltes qui peuvent être les miennes quand mon travail, le travail d’artiste est incompris pour ne pas dire nié. Ma récente installation  sur le site le Chameau de Châteauvillain, en compagnie d’autres artistes m’a ouvert un nouvel espace, j’y suis à la fois solitaire et sous le regard de mes pairs ». Emy avance résolument dans un travail  artistique qui lui est vital comme l’est le métier d’éleveur pour Yohann. Cette détermination et cette liberté leur permet d’avancer unis dans des univers qui vont de l’indifférence à l’hostilité en passant par l’incompéhension.

 

 

la vache pendue