Loic Moscato
Dancevoir

Eleveur

Du GAEC à la Ferme de la Charmotte

En 2015 Jean Marie Mitaut, héritier d’une lignée d’agriculteurs de Dancevoir, a pris sa retraite ou plutôt transmis le GAEC de la Charmotte (élevage de bovins et de porcs) à Alexandre Dormoy et Loïc Moscato au terme d’un compagnonnage attentif : le temps d’apprendre à se connaître, à s’apprécier et à se donner des atouts pour une transmission réussie. Aujourd’hui Loïc et Alexandre ont décidé de renouer avec l’origine de leurs activités en se revendiquant  fermiers plutôt « qu’exploitant  agricole* ». Pour eux le GAEC ou  Groupement Agricole d’Exploitation en Commun  n’est ni plus ni moins que la forme juridique d’une société où les associés se mettent ensemble pour travailler et vendre leur production commune. A ce terme administratif, ils  préfèrent celui plus général, coutumier et vivant (signifiant) de Ferme.

 

Un terme qui parle à tous, aux entrepreneurs qu’ils sont comme aux citoyens petits et grands et aux consommateurs.

*Pour L’INSEE , l'exploitation agricole est définie comme une unité de production remplissant les trois critères suivants :
- produire des produits agricoles ;
- avoir une gestion courante indépendante ;
- atteindre un certain seuil en superficie, en production ou en nombre d'animaux. 

Loïc Moscato

(vit et travaille à Dancevoir – Sud haut marnais - 52 210)

Moins de 25 ans et fermier entrepreneur

Des enseignants attentifs

Loïc a 24 ans, d’origine italienne (grand père calabrais et grand mère sicilienne) il est passionné d’élevage, passion héritée de son grand père qui, sans être agriculteur, élevait volailles lapins, cochons… comme bien souvent à la campagne. Cette imprégnation, ce « penchant »  et l’école ont fait le reste. Pour Loïc deux rencontres ont été déterminantes pour trouver sa voie : « En primaire un instit nous emmenait toutes les semaines en ballades en pleine nature, aujourd’hui on le qualifierait d’écolo. Ensuite ma scolarité a été plus chaotique, au lycée je me suis franchement ennuyé, la première année j’ai failli décroché et je n’ai tenu que grâce à l’attention et au soutien de mon prof de maths qui m’a encouragé à poursuivre et à m’orienter vers un lycée agricole. J’ai choisi un bac option production animale, suivi d’un BTS dans la même spécialité  ». De cette période encore récente affleurent des expériences marquantes que Loïc évoque avec un enthousiasme encore bien présent «  j’ai fait un stage inoubliable dans une exploitation laitière familiale au Québec. Au travail de 5 h du matin à 22h on ne voyait pas le temps passer ! Ensuite j’ai enchaîné sur un stage en Bretagne dans un élevage de porcs, des stages déterminants pour exercer mon métier d’éleveur ». Au passage, Loïc, toujours attentif aux questions de bien-être animal préfère le terme d’élevage à celui de production. Il élève avant tout des animaux même - ci ces derniers produisent au final de la viande !

 

D’un challenge à l’autre

Loïc se rappelle enfin sa participation au Trophée National des Lycées Agricoles, un vrai  challenge qu’il a relevé avec 4 autres « Choignards » (Etudiants du Lycée Agricole de Choignes. A chacun ses thésards !). Ce goût pour les challenges caractérise Loïc et il faut les aimer pour reprendre une activité dont il dit lui-même que « c’est un vrai parcours du combattant. Il m’aura fallu pas moins de deux ans de procédure pour aboutir en raison des lenteurs d’instruction  notamment des services de l’ Etat et  d’une paperasserie importante ». Le challenge c’est aussi d’assumer de gros risques financiers (pas moins de 400 000 € d’emprunts à rembourser pour la seule part de Loïc). Pour faire face deux conditions essentielles sont  à remplir : «  bien gérer ses investissements et ne pas faire d’erreurs techniques qui pour certaines pourraient être fatales en cas de répétition, car on a suffisamment de souci avec les seuls  aléas climatiques ! On ne peut pas se planter ! En cas de pépins il est impératif d’en comprendre les causes, et je dirais même que c’est la partie la plus intéressante de notre métier, celle qui nous fait progresser. Il faut avoir une intelligence du comportement des sols quand on cultive, une intelligence du comportement des animaux quand on élève et avoir une intelligence des mécanismes du marché si on veut durer économiquement sans perdre son âme ». Aujourd’hui, un nouveau challenge se présente, celui de faire face à une crise profonde qui menace l’équilibre financier de l’entreprise.  En effet, à la crise climatique (2 années de gel, une année de sécheresse) s’ajoute l’effondrement des cours du marché du porc lié à l’embargo russe (1), alors même que la production était déjà excédentaire, cumulé aux excédents céréaliers dûs à une intensification de la production. Bref dans les pays développés « on a trop de tout, les marchés sont saturés, la consommation ne cesse de baisser et l’endettement augmente. Il est urgent de changer de modèle».

 

Court circuit ou produire moins et mieux

« Aujourd’hui la filière est organisée en circuit long : producteur – groupement – abattoir - transformation - et /ou - grande distribution. Même si le groupement Grand Est  (pour ce qui me concerne) assure un prix fixe à l’année,  la perte en ligne est considérable car chacun prend sa marge commerciale. Pour s’y retrouver, l’agro-industrie nous pousse à produire toujours plus, en toutes pertes. Mes exigences sont autres. Je veux m’inscrire progressivement dans une filière courte -  du producteur au consommateur- et en circuit fermé, en ayant le moins recours possible à l’achat d’aliments ou de produits sanitaires pour les animaux. Je ne m’engage pas à la légère dans ces changements  mais après une analyse des  bénéfices que nous pouvions en attendre et qui nous conduisent à nous inscrire dans un cercle vertueux. Aujourd’hui même je suis déjà nettement au- dessus de normes requises (suppression des vaccinations et du recours aux antibiotiques, espaces plus confortable pour chaque animal …) je sais que je peux faire mieux encore en évitant au maximum leur stress car plus une bête est bien traitée et mieux elle se porte. En fait, je veux améliorer le bien- être (celui des animaux, le mien et celui des consommateurs) et vivre de mon travail en toute autonomie en négociant moi – même les prix ». Au final les gains attendus sont financiers (passage du prix de vente producteur de 1,20 € à 2 € le kg pour une viande de meilleure au même prix d’achat inchangé pour le client) mais aussi sociaux en réinstaurant une relation de confiance avec les consommateurs et en renforçant la solidité du lien associé avec Alexandre.

 

Associés et solidaires

Pour Loïc être en GAEC est un atout majeur, « c’est une force d’être deux.  On est en train de gérer la crise ensemble dans des conditions relationnelles excellentes. On réagit très vite. Si on se trompe, on sait pourquoi et on rectifie les erreurs sans tarder. On se complète : chacun soumet à l’autre ses idées, ses difficultés et trouve des éléments de réponses. Les risques sont mutualisées et les décisions prises en commun. L’un peut remplacer l’autre tout en approfondissant sa propre spécialité…  et encore on n’est qu’au début de notre aventure d’associés ! »

Loïc poursuit son dessein « celui d’être à la tête d’une entreprise intégrée, autonome et raisonnable ». Pour lui, la Ferme de la Charmotte répond à ces trois exigences  puisque l’essentiel de l’alimentation et des besoins des animaux sont couverts par l’activité céréalière et que l’essentiel des débouchés commerciaux des génisses et porcs se feront désormais via le Magasin de producteurs « Brin de Campagne de Chaumont » (dont le GAEC détient 40 % des parts) et les ventes directes. Ne reste plus qu’à créer un gîte ou une ferme auberge et le mieux vivre, ensemble,  en Haute Marne  prendra une nouvelle couleur. Verte évidemment.

Ne nous y trompons, comme dans tous les secteurs,  le métier d’agriculteur – éleveur évolue lui  aussi. Ces nouveaux chefs d’entreprise consacrent, à leur grand dam,  une part de temps  de plus en plus importante aux activités commerciales (campagne de communication, contacts et réponses aux clients, négociations de prix , organisation de la distribution de proximité…). Dès lors le choix est simple soit ils délèguent davantage les activités d’élevage et de culture, soit ils embauchent des assistants de gestion. Connaissant le moteur de leur passion, il y a fort à parier que les emplois de gestion d’entreprise rurale  se développeront quand le cap de viabilité de ces nouveaux modèles sera franchi. Pour l’heure Loïc et Alexandre innovent et sont à toutes les manettes. Ils défrichent de nouveaux terrains d’expérimentation et construisent l’avenir.

(Texte établit par Marie Solange Dubès à partir des entretiens avec Loïc Moscato)

(1) « Moscou a interdit en février 2014 l'importation de porc européen sur son territoire, officiellement en raison de quelques cas de fièvre porcine africaine découverts chez des sangliers morts en Lituanie et en Pologne. L'Union européenne a porté plainte contre cet embargo devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le ministère de l'agriculture avait alors évalué les pertes liées à cet embargo à 44 millions d'euros pour la filière porcine française, la hausse des exportations vers la Chine n'ayant pas suffi à compenser la fermeture du marché russe » http://www.web-agri.fr/.

Et aussi : http://www.liberation.fr/terre/2015/07/22/genevieve-savigny-la-surproduction-pousse-les-eleveurs-au-desespoir_1352272

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