Marion Sancellier

Histoire de Benjamin Peücher

 

" Je m'appelle Benjamin Peücher, je suis né à Hambourg il y a 39 ans.

Je suis metteur en scène. J'ai découvert le théâtre à l'université. J'étudiais l'Histoire.

J'ai toujours aimé l'Histoire qu'on me raconte l'Histoire. Les histoires de l'Histoire.

Ma rencontre avec le théâtre a été une révélation. Mais une révélation d'un autre ordre, je crois, que la plupart des artistes qui y consacrent leur vie.

L'outil théâtre allait devenir mon outil. Mon outil de transmission, de réflexion sur l'Histoire. Celle dont nous sommes héritiers, celle avec laquelle nous co-habitons (avec la quelle nous essayons de co-habiter) et celle que nous écrivons, que nous balbutions…

 

Le théâtre fait focus. Il fait focus dans un plan large. Et moi je choisis quelle lumière donner, quelle couleur faire briller ou éteindre, quelle ombre éclairer.

Je peux mettre le monde sur scène et le raconter, le montrer, le disséquer. N'est-ce pas la fonction première du théâtre non?

 

Je suis en course perpétuelle. Vers quoi? Je ne sais pas mais j'aime ça.

Je regarde tout. Je lis tout ce que je regarde. Je le vois. Je vois devant ce que je regarde.

Plus loin.

Toujours plus loin.

Je ne sais pas ce que je cherche, mais je vais devant...peut être pour pouvoir me retourner et voir avec du recul..ou de l'avance...

 

J'écoute.

Je prends tout, ce que je vois et ce que j'écoute, et je le place au centre. Je zoome. J'en fais le tour, le traverse, je fonce dedans, sereinement, mais je fonce dedans.

Je décortique.
Je l'analyse? Je ne sais pas.

Je l'apprends.

Je le détruits et je le Re crée.

Et cela il me faut le donner, le montrer.

Cela m’obsède.

Le Redonner, comme une histoire écrite pour être lue et relue.

Mais ce que je veux donner doit être plus grand que ce que j'ai trouvé, que ce que j'ai malaxé, torturé, remodelé.

Mon regard le fait grandir en le regardant loin, et ne dois cesser de le faire grandir. Majestueux ou Titanesque?

Je ne sais pas. Mais je n’ai que ce moyen là. Je ne sais faire que ça.

Le partager au plus grand nombre.

 

Je ne suis jamais en repos. Je suis calme mais jamais en repos.

Je cherche toujours et je le fais bien.

Je cherche.

Je cherche quoi ?

Je cherche ce qui m’interpelle.

Ce que je ne comprends pas.

Ce que je ne connais pas.

Je cherche.

 

Aujourd’hui une chose me touche.

Trop de choses sont oubliées et ne peux m'y résoudre, moi qui voit l'Histoire exister.

Nous ne vivons plus ensemble.

On se perd. Moi-même je me perds parfois. Dans ma course je me perds.

J'ai parfois peur de mon voisin. Et lui a peur de moi. Et pourtant je ne cesse de regarder mon prochain et celui qui m’a précédé.. Ou est la différence ?

Je voudrais le sauver de ce monde qui tombe.

Et moi je tombe aussi. Je tombe avec lui. Il tombe avec moi.

Je voudrais lui raconter.

Je voudrais le raconter.

 

C’est pour ça que je suis là.

Je crois.

Dans ce camp de réfugiés dans un coin de cette île de Malte.

Dans un coin caché de cette belle île de Malte.

Dans un coin pas si beau de cette belle île de Malte.

C’est là que sont les survivants.

C’est là que sont ceux à qui l’espoir ou le désespoir a fait parcourir les chemins les plus fous, le plus loin de nous, les plus oubliés, les plus loin de notre imagination, et pourtant les plus grands.

Je veux en écouter un.

Pourquoi pas tous ?

Je veux voir son regard.

Je veux comprendre son regard.

Je veux me sentir petit devant lui.

Le faire se sentir grand…

Et nous rejoindre…

 

Je ne peux rien lui promettre mais je peux lui dire  que marcher ensemble peut le sauver.

Je ne suis pas un héros. Il n'y en a plus aujourd'hui.

J’ai toujours voulu être un héros.

Il y a des courageux, des endurants, des survivants. Je les vois ?

Je les vois et je me dois de les écouter.

Je suis un  passeur d'histoire dans l'Histoire.

Je vais aller à leur rencontre, oui !

Les regarder, les écouter et les emmener...ils vont m'accompagner et je leur donnerai une place.

Je les mettrai au centre, je vais leur offrir cette place. Je vais leur offrir un temps dans notre histoire commune pour leur histoire.

Je sais faire ça. C'est ce que je fais de mieux.

Ce sera sublime.

Ces histoires de Survivants, de combattants.

Dans un ballet ou un opéra...

Peu importe la langue, l'histoire est universelle.

La scène la rend universelle.

Ce qui compte c’est le processus il paraît.

Ce qui compte est l'instant offert. Non ?

Offert à ceux qui disent et offert à ceux qui viennent voir et entendre.

Offert.

Reçu.

Une communion.

Ensemble.

Plus seul.

Existant.

Le théâtre.

Elle est là la création… dans l’instant où l’on se trouve, où on trouve l’autre, l’ailleurs, l’inconnu…

A moi de jouer avec la lumière de cet instant!

Cela s'appellera "Après l'Histoire".

Voilà.

Je sais.

Peut–être…

C’est ça je crois.

Là.

Je suis en marche

Ou en course ;

Cette course de fond qui repousse sans cesse les limites ;

Et qui me dope et qui me tient en vie… ou me tue… »

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