Alexanne Michel
Chaumont

secrétaire

actualisation en cours

Je m’appelle Alexane. J’ai 21 ans. Je suis née à Chaumont.

Je rentre d’un festival en Hollande. Un festival de musique HardStyle. J’ai encore la musique qui vibre dans la peau, sous la peau…

On était 70 000 au moins. C’était géant. Tous là pour la même musique qu’on aime, qu’on écoute tous tous les jours, chez soi ou en soirée entre amis…  ! Les uns avec les autres, tous dans le même rythme de basse… ça résonne encore !! J’ai l’impression que mon cœur résonne plus fort.. j’en ai plein les yeux, plein les oreilles…ma fréquence est au diapason de tout ça !

Que c’est bon ces moments là. Ce n’est pas un autre monde, c’est celui là mais en plus grand ! Mon monde, mon univers partagé avec un maximum de personne. Je ne peux pas m’empêcher de sourire…

On est rentré ce matin… on était parti à une dizaine de copains. Toujours les même ! Depuis l’enfance on se voit, on sort, on parle, on déconne…on se suit ! Vivre ces moments là ensemble c’est juste magique ! Non ce n’est pas magique, c’est normal en fait. On est un cercle presque comme une famille, si il en manque un, c’est pas pareil. Il n’y a pas une semaine où on ne se voit pas…

Comme la musique, il n’y a pas un jour où je n’en écoute pas, je me réveille avec, je cours avec.

Comme ma maman il n’y a pas une semaine où je ne la vois pas, mes frères, je les appelle souvent…

J’ai besoin d’être remplie, entourée de ce que j’aime et de ceux que j’aime.

Parce que moi, c’est la somme de tout ça ! Moi, c’est moi avec eux, moi avec l’amour que je leur porte, que je leur donne, moi avec mon histoire, moi avec mes goûts… Du coup, moi, c’est Moi avec mes tatouages. Empreintes d’eux, toujours avec moi, sur ma peau et dans mon cœur. Témoin silencieux mais affirmé de qui je suis ! Je compte bien continuer à me faire tatouer…c’est que la vie

sera bien remplie de choses qui comptent !

Je me sens un peu fatiguée du voyage, de ces heures à danser. J’ai du mal à marcher, mes jambes ne me portent plus très bien. Mais éprouver ce genre de fatigue, c’est plutôt sympa ! Tant que je peux en profiter… Je n’ai que 21 ans, j’ai bien l’intention de continuer à m’amuser…à danser, à frissonner !

J’ai besoin de me défouler, je bouge tout le temps. Faut que ça bouge ; je vais courir, je danse. Je ne me sens pas bien dans cette époque.

Ce n’est pas une bonne époque pour être jeune. J’aurais préférer avoir mon âge à l’époque de la jeunesse de mes parents. Aujourd’hui on n’a rien à raconter.

On n’a rien à raconter parce qu’on n’a pas vraiment le droit de faire grand chose... On est tout de suite surveillé ou jugés… Faut pas trainer là, faut pas faire ça…ça parle, ça râle…

C’est aussi pour ça qu’on reste entre nous avec mes amis… on ne fait de mal à personne, on est juste bien entre nous !

C’est peut être ça que j’aurais à raconter plus tard. Que parce que on ne pouvait pas faire grand-chose, on se serrait avec les gens qu’on aimait, on restait ensemble, on grandissait ensemble, on se sentait fort ensemble, on formait une bulle. Une bulle c’est quoi ? C’est ce petit cocon dans lequel on se bien.

Protégés. Rassuré … face à un monde où on ne trouvait pas facilement une place. Notre petit monde !

On s’y sent bien. Je m’y sens bien. Je me sens tellement bien à cet instant. Je sens la fatigue, je sens que j’ai dépensé une bonne énergie, mais je me sens aussi bien rechargée… pleine de bons souvenirs, de bonnes sensations…c’était si bon ce week end ! Les feux d’artifices sur la musique à fond et nous survoltés !!!

Je prends le temps de m’allonger, de m’étendre. J’ai envie de rire. Je suis épuisée, mais j’ai une patate !!

Ce que j’aimerais raconter plus tard aussi, c’est que moi aussi j’ai fait danser des gens. Je l’ai déjà fait quelque fois, j’ai mixé pour des amis… mais j’ai encore besoin d’apprendre… j’en ai envie. Pour ça il me faut le matériel…c’est coûteux, mais d’ici peu je pourrai l’avoir. J’adore ça ! Je m’amuse, je danse, je sens la musique monter, les basses taper, le rythme tout bousculer…et ça fait bouger en face !!! ! Je suis sûr que ça me procurera aussi des sensations de dingue. Moi qui balance le son, le rythme et voir tout le monde entrer en transe, danser comme des fous, baisser les armes, je frissonne déjà ! A ce moment là, ma bulle elle englobe aussi les gens qui dansent sur ma musique. C’est sans mot…. Ca se vit ! Ca se sent !

Faudrait que vous écoutiez pour comprendre…

Ce n’est pas juste s’amuser tout ça. C’est vivre.

Stimuler mes émotions. Partager ces moments avec ceux que j’aime. Comme mes tatouages, c’est ma vie qu’ils racontent. C’est ceux que j’aime qu’ils célèbrent.

…AH je viens de recevoir un message de maman. Je vais lui raconter ce week end ! Je lui raconte tout.

…Je ne me confie pas facilement. J’ai ma maman, des amis en qui j’ai une grande confiance et avec qui je suis très franche. J’ai besoin de me sentir en confiance.

Je sais bien qu’avec mon look, on pourrait imaginée que je suis hyper extravertie…oui mais pas avec n’importe qui. Je ne déborde pas. Je respecte les autres autant que je me respecte.

Le respect !

Etre attentive !

… ah oui voilà aussi ce que je plus tard, j’aimerais pouvoir raconter, c’est que j’ai fait des choses biens, que j’ai été utile pour les autres…

Quand j’étais plus jeune encore, je voulais travailler avec les enfants handicapés. J’adore les enfants.

Leur insouciance et leur naïveté les rend tellement francs et attachants. Ils ne voient pas le monde comme nous. Ils ne cherchent pas le mot juste, ils l’ont. Ils ne fabriquent pas une image, ils sont.

Et en même temps ils peuvent être si fragiles, que j’ai juste envie de les protéger, de les aider.

En rentrant tout à l’heure, j’ai croisée une personne handicapée sur le trottoir. Il y avait du monde, et elle son sac était tombée de son fauteuil. Elle essayait de le ramasser et à cet instant quelqu’un est passé et a donné un léger coup de pied dedans juste pour l’éloigner et rendre plus difficile le fait que son propriétaire puisse l’atteindre.

Ca m’a mis hors de moi.

Quoi ?

Pour qui ils se prennent ces gens qui se moquent si facilement.

Ca sert à quoi ?

Ils ne se rendent pas compte du mal qu’ils font.

..et il riait, fier de sa bêtise.

Gratuitement il s’est offert un plaisir égoïste, malsain, irrespectueux.

Je ne comprends pas ça.

Je ne comprends pas. C’est si injuste.

Respecter et aider me semble si normal.

Que dire de plus… ça me fait mal d’assister à ça. Je me sens aussi blessée d’assister à ça.

Je commence à me sentir bien fatiguée.

Je sens que je vais bientôt dormir.

Faut que je me repose, demain je dois travailler pour mon concours.

Le Concours pour intégrer la gendarmerie !

Je serais tellement heureuse d’y arriver.

Je pourrais faire et voir plein de chose.

Oui gendarme ! c’est un beau métier et porter l’uniforme serait une fierté. On peut venir en aide aux autres, on voit et on fait plein de choses différentes… ce n’est pas rester toute la journée devant ou derrière un ordinateur… peu importe c’est pareil.

Bon je dois passer le concours et j’avoue que d’aller à l’école après me terrifie, mais je relèverai le défi. Ce qui me fait peur, ce n’est pas de retourner à l’école, mais d’être confronter à d’autres personnes que je ne connais pas…

Oui j’ai besoin d’être rassurée ! Comme dans mes cercles…ma famille, mes amis.

Je ne suis pas très à l’aise sinon. Même si avec mon look à têtes de mort sur mes T-Shirt on peut penser l’inverse encore une fois.

Dans ma famille j’ai la place de fille et grande sœur et ça j’assure. Avec mes amis, j’ai la place de celle qui déconne, j’ai mes repères. Je suis franche, j’assume mon look, y a rien qui dépasse, tout est bien ajusté, mais voilà ça me fait peur de devoir être et partager ce temps d’apprentissage avec d’autres que je ne connais pas.

Pourquoi j’ai peur ?

C’était bien quand j’avais 15 ans.. il n’y avait pas toutes ces questions.

En fait avoir 21 ans aujourd’hui, avant ou plus tard, peu importe, c’est ça qui fait peur. Assumer certaines responsabilités, rentrer dans une vie où parfois on doit faire des choses hors de nos cercles…

Mais on ne se connait qu’à l’intérieur de ceux –ci… C’est comment Moi hors du cercle ? Suis-je aussi forte ?

Je vais me reposer…

(texte établi par Marion Sancellier au terme de plusieurs conversations avec Alexanne Michel)